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« Seulette suis et seulette veux être,

Seulette m’a mon doux ami laissée,

Seulette suis, sans compagnon ni maître,

Seulette suis, dolente et courroucée,

Seulette suis, en langueur mesaisée,

Seulette suis, plus que nulle égarée,

Seulette suis, sans ami demeurée.

 

Seulette suis à huis et à fenêtre,

Seulette suis en un anglet muciée,

Seulette suis pour moi de pleurs repaître,

Seulette suis, dolente ou apaisée,

Seulette suis, rien qui tant messiée,

Seulette suis, en ma chambre enserrée,

Seulette suis, sans ami demeurée.

 

Seulette suis partout et en tout être,

Seulette suis, que je marche ou que je siée,

Seulette je suis, plus qu’autre rien terrestre,

Seulette suis de chacun délaissée,

Seulette suis, durement abaissée,

Seulette suis, sans ami demeurée.

 

ENVOI

 

Princes, or est ma douleur commencée

Seulette suis, de tout deuil menacée,

Seulette suis, plus teinte que morée,

Seulette suis, sans ami demeurée. »

 

Christine de Pisan (née à Venise en 1364, morte vers 66 ans près de Paris), est fille d’un astrologue de Charles V (1338 – 1380). Veuve très jeune, elle est la première femme, connue, à avoir vécu de son écriture. Des femmes savaient donc lire et écrire au 15ème siècle ? Oui. Et Christine de Pisan écrit sur tout : l’amour, les sentiments personnels et même la politique. Sa postérité vient surtout de son combat pour une « femme d’honneur », comme dans Le Livre de La Cité des Dames. Son dernier texte, d’ailleurs, est consacré à Jeanne d’Arc qu’elle admire.

 

Tag(s) : #Sire Ancelin et son temps

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