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Sire Ancelin a écrit une Farce qu’il a fait jouer en août 1448, sur la place du Marché de Falaise.

 

Une Farce est destinée à être jouée, sur l’estrade.

 

C’est une pièce de théâtre qui met en scène quatre ou cinq personnages et qui veut faire rire en se moquant, en caricaturant les caractères et les fonctions : le mari, la femme et son amant, bien sûr, mais aussi le marchand - trop - habile, le curé ou le soldat, le bourgeois ou le paysans. Dans tous les cas : le voisin ! Les « acteurs » sont des gens « normaux » car le 15ème siècle ne connaît pas encore les acteurs professionnels, ils viendront trois ou quatre générations plus tard, petit à petit. Alors on passe contrat pour s’associer et jouer sur l’estrade une Farce, mais pourquoi pas aussi un Mystère.

 

Elle est relativement courte, de 200 à 500 vers, et il nous en reste environ 150. Les autres ont disparu mais on peut penser que la Farce était un divertissement populaire, très loin du religieux dont on voudrait nous faire croire, qu’alors, il régissait tout. Elle se présente en octosyllabes (huit) et, surtout, met en avant un langage familier, parfois rude, souvent grossier. Les jeux de mots s’y trouvent par dizaines, mais aussi les malentendus entre sens propre et sens figuré qui provoquent d’interminables quiproquos – nous appellerions aujourd’hui ça de la communication. Les Farces nous en apprennent beaucoup sur la manière de penser de ces gens lointains qui s’amusent, loin des écrits des moines ou des chroniqueurs. Dans la plus connue des Farces, La Farce de maître Pathelin probablement écrite dans les années 1460, Pathelin parle en provençal, en flamand, en picard, en normand, en breton et en lorrain : voilà qui indique une ouverture à laquelle on ne s’attendait pas…

 

La Farce se moque des jargons obscurs, des travers du quotidien en les grossissant. Toutes les tromperies y passent ; et le trompeur se voit souvent trompé lui-même. Le couple y a évidemment une bonne place, comme depuis toujours. Dans une Farce, finalement, on se moque de soi-même sans aller chercher aucun enseignement que de contempler la nature humaine, de tous les lieux et de tous les temps.

 

Même si ce type de comique existait depuis longtemps, la Farce se développe surtout au 15ème siècle. Comédie ? Molière, deux cents ans plus tard, s’en inspirera beaucoup et, comme d’habitude, tout est affaire de classement et de terminologie.

 

Un petit livre, Chrestomathie du Moyen-Âge, a dû bercer bien des générations puisque la première publication est de 1897 et qu’il était encore republié à la fin des années 50. Une hypothèse y est avancée : le mot « farce » viendrait que ce type de théâtre distrayait le public au milieu d’un Mystère ou d’une Moralité ; comme la farce accommode la volaille. Peut-être, pourquoi pas ? L’idée est amusante

 

On n’écrit plus de Farces. C’est dommage. Nous nous pensons trop intelligents ; ou nous ne sommes plus capables de nous moquer de nous-mêmes, aveugles à nos travers.

 

Tag(s) : #Sire Ancelin et son temps

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