Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rien. Dernière marche, et rien. D’un coup le silence, l’odeur bien reconnaissable du grenier. Des grains, tête folle ! Savait-elle, savait-elle ce que signifiaient les grains ? B. courba son visage bandé, chercha son corps sans le trouver, attendait les mains qui ne venaient plus ; et B. sentit la solitude. Les courants d’air froids qui lui balayaient l’entre-jambe laissaient la place à une chaleur immobile et moite. Gluante. Physique. Ses hanches sans contact s’amollissaient. L’excitation qui l’avait gagnée de marche en marche, après les révulsions, s’amoindrissait. Elle rêva alors qu’elle rêvait sans parvenir à y croire et se souvint que quelques jours auparavant seulement, elle avait rencontré un prêtre dans une rue qui lui avait dit qu’elle se sentirait bien seule si elle continuait à vivre comme elle vivait. Il avait ensuite soulevé sa soutane. Potius mori quam feodari. Un rêve aussi, certainement. Maudits soient les rêves, ils opportunent la vie ! Car B. ne voulait plus rêver – peut-être rêvait-elle depuis longtemps, très longtemps, sans s’en apercevoir – elle voulait à nouveau sentir ces mains contre ses hanches, le long de la courbure de son dos. B. chutait du rêve dans la réalité et devenait soudain avide de cette réalité. Etait-ce le « grain », Maître de l’Etoile ?

Dans sa moiteur, debout les jambes écartées au milieu du grenier, B. espérait ; et rien ne venait. Elle savait au plus profond d’elle-même que l’escalier n’était finalement qu’un chemin, étrange, et qu’elle possédait, là, dans ses entrailles, la clé qui ouvrirait la porte du grenier qui donnait vers le large, la porte du milieu. Elle prit conscience, par hasard, que les mains l’avaient lâchée pour qu’elle cherche seule sa clé. Elle sut, confuse, que le souffle qui lui balayait la nuque était rentré en lui-même pour qu’elle fouille en elle-même. B. comprit qu’elle parvenait au bout de ses rêves qui ne l’avaient menée nulle part qu’à une danse frénétique repliée en son centre comme sur un volcan qui engouffre. Le large qui libère… Le vent qui porte… Un sentiment nouveau, de liberté peut-être, elle n’aurait su le dire, remontait par ses chevilles et déjà caressait ses mollets. Il était frais dans la moiteur, libérateur dans la nuit. « Cherche le grain cherche le grain ! » se répétait-elle. Il prenait dans son esprit toutes les formes possibles comme si, soudain, la forme idéale allait surgir et ouvrir la porte. Elle entendait une voix nouvelle qui lui murmurait de hisser haut des voiles blanches. Elle traduisit : « De me reconquérir. » Elle sut alors être sur le bon chemin. Elle aurait donné tout ce qu’elle avait, se serait plier à tout ce qu’on lui demandait si une voix, n’importe quelle voix, lui avait ordonné ce qu’elle avait à faire. Mais aucune voix. Rien. B. était seule. Elle comprit qu’elle rebroussait chemin. Pourquoi ?

Un long silence dans une longue nuit ; B. ne pensa plus. Par instinct. Accueillir le grain. Comprendre, être prête, saisir. De vieux contes. Le sentiment alors reprit doucement sa progression. B. n’avait jamais connu une telle douceur, virevoltante. Il arriva entre ses cuisses, une goutte y perla. Souleva sa jupe, contourna les marges de son nombril, remonta entre ses seins. B. avait chaud. Le sentiment s’arrêta là, comme fatigué par son ascension. Un temps de repos avant le sommet qu’il s’était choisi. B. devenait une autre. Elle n’avait jamais cru pouvoir sortir de ces rêves qui l’infestaient, jamais même espéré qu’elle pût comprendre qu’ils n’étaient que des rêves. Le bâillon se défit de lui-même, puis le bandeau ; mais B. gardait les yeux encore fermés. Elle sentit à nouveau sa langue dans sa bouche, elle avala sa salive. Elle respira. Puis elle dit : « Je veux. » La porte du milieu s’ouvrit vers la mer. Le vent s’engouffra dans le grenier. Dans le ciel un goéland aux ailes blanches déployées s’envola vers sa liberté un grain dans le bec.

Le Maître de l’Etoile sourit, une larme à l’œil.

Tag(s) : #Le Grenier

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :