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LE TRAIN

Qui n’a jamais été angoissé par ces voyages de nuit, en train ? Carolle, en prenant place ce soir là dans celui à destination de Brest l’était. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’elle avait parfaitement raison de l’être.

Guy pénétra dans le compartiment au moment où Carolle posait son sac sur sa couchette, celle du bas à droite. Il la regarda, par instinct, la trouva bien faite, vingt-cinq ans environ, cheveux blonds, sifflota un air de Brassens, et prit possession de sa couchette à lui, en haut à gauche. Il grimpa avec facilité, défit le sac qu’il avait en bandoulière et en sortit un livre, décontracté, sans la moindre angoisse. Les voyages de nuit en train lui étaient naturels. Chaque mois, il empruntait le Paris-Brest, aller et retour, de nuit. De cette façon, une fois par mois, il voyageait sans aucune raison. Etonnement... Est-il possible de voyager sans raison ? Pour Guy, oui. Il laissait sa femme et ses deux enfants ; et partait.

Carolle l’observe d’un air méfiant. Allait-il sentir mauvais ? Allait-il ronfler ? Ou pire : allait-il vouloir la violer ? Il ne paraissait pas méchant, mais cela ne voulait rien dire, au contraire. On sait très bien que les plus grands bandits sont des individus parfaitement respectables. Pour cela, ils n’en sont que plus dangereux. Elle se demanda avec angoisse si d’autres passagers viendraient dans le compartiment ; ou si elle serait obligée de voyager seule avec cet homme et partager sa nuit avec lui. Et puis elle le surprit qui la regardait. Son cœur battit plus vite. Elle sentit parfaitement son regard la déshabiller, scruter ses formes, imaginer son corps. D’un mouvement brusque, elle tira la couverture jusqu'à son menton. Elle allait mourir de chaud... Le train s’ébranla.

Aucun autre voyageur ne vint troubler les deux passagers du compartiment 7, de la voiture 12 de l’express Paris-Brest. L’homme lisait une étude sur la magie dans le roman arthurien en sifflotant. La jeune femme, les yeux fermés, faisait semblant de dormir. Le ronronnement du train en marche était le seul et unique bruit. Carolle rouvrit les yeux. Elle paraissait avoir chaud et rejeta la couverture sur son bassin. L’homme, attiré par le bruit, lui lança un « Bonsoir ! » assez jovial, accompagné d’un sourire ; la jeune femme grommela une réponse inaudible, et éteignit sa veilleuse.

Guy la trouvait décidément bien faite, très bien faite même. Il posa son livre et la regarda mieux. Après son bonsoir, elle s’était tournée vers la cloison. Cette nouvelle position soulignait mieux la cambrure de ses hanches, ses fesses... Guy rencontrait rarement une aussi jolie fille durant ses voyages. En un sens, cette rencontre sortait de l’ordinaire. De l’inédit ! Enfin de l’inédit ! Guy poursuivit sa contemplation encore un bon moment... Que faisait-elle là ? Pourquoi n’avait-elle pas pris le TGV ? Il éteignit le plafonnier.

Cette fois, on pouvait en être sûr grâce au léger ronflement qui s’échappait de ses lèvres, la jeune femme dormait. L’homme, assez beau par ailleurs, l’avait regardée durant de longues minutes puis avait repris son livre...

Carolle entendit très bien l’homme descendre de sa couchette. Allait-il faire pipi ? Elle sentit malheureusement dans la seconde qui suivit une main se poser sur sa hanche. Surtout ne pas bouger ! Faire semblant de dormir ! Elle ronfla un peu plus fort. La main remonta vers ses seins, toucha le droit et descendit. Carolle frémit. Une peur difficilement définissable la submergea. Lorsque la main toucha son ventre, elle tressaillit ; mais ne bougea toujours pas. Elle savait bien qu’elle n’aurait jamais dû prendre ce train de nuit ! Et l’homme qui continuait, qui poursuivait son exploration... Un étranger, un inconnu... Un violeur ? Carolle n’osait pas se poser la question. Elle se laissa faire, toujours en ronflant, mais moins. Elle était incapable de dire depuis combien de temps cela durait. Le temps lui parut long ; ou court. Elle ne savait pas, mais cela dura, et se précisa. Carolle ressentit tout.

À son réveil, dans son appartement d’Angoulême, Carolle dit à son mari : « J’ai passé une nuit merveilleuse. »

Tag(s) : #Nouvelles

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