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LE 8 MAI

« Le 8 mai, je t’aurai ! » La première lettre était arrivée chez Marion à la fin du mois de mars. Après avoir lu le message, elle avait retourné l’enveloppe en tout sens, croyant à une erreur, mais non : nom et adresse étaient bien les siens. L’écriture était large, épaisse avec de grosses tâches d’encre. « Le 8 mai, je t’aurai ! » Marion avait alors eu un léger frisson puis avait haussé les épaules : encore une farce de Max, son ancien mari ! Elle pensa qu’il était idiot de s’amuser ainsi à son âge et n’y pensa plus ; jusqu'à une nouvelle lettre, en tout point semblable à la première...

Là, vraiment, il exagérait ! Depuis leur divorce, c’est vrai, ils avaient gardé de bons rapports, mais rien ne lui permettait de jouer ainsi avec elle ! Le soir même, en rentrant de son travail de secrétaire médicale, Marion prit son téléphone et appela Max en priant de ne pas tomber sur sa nouvelle femme. Elle n’était pas jalouse mais elle n’aimait pas cette nouvelle femme, plus jeune, souriante. Ce fut heureusement lui qui répondit, toujours avec ce sourire aux lèvres qui s’entendait si bien au téléphone. Marion lui reprocha ses blagues de mauvais goût mais non, Max lui jura n’y être pour rien ; et Marion le crut. Max avait des défauts souvent puérils mais il n’était pas menteur.

Les jours qui suivirent, Marion sentit monter en elle un sentiment d’angoisse. Que faire ? En parler à la police ? Elle trouvait cela ridicule et y renonça bien vite. Et puis une semaine passa et elle oublia peu à peu.

C’est seulement le lundi suivant, le 15 avril, alors qu’elle rentrait d’une journée de travail particulièrement fatigante, que Marion trouva la troisième lettre. La même écriture (mais était-ce vraiment la même ?) avait encore tracé : « Le 8 mai, je t’aurai ! » Elle ne pu réprimer cette fois-ci un vrai frisson de peur. Elle referma en toute hâte la boîte aux lettres et courut dans son appartement du troisième étage dont elle verrouilla la porte à double tour.

Que voulait donc dire cet odieux message ? Et de qui venait-il ? Marion s’assit sur le canapé de son petit salon et se prit la tête entre les mains. La solitude, soudain, lui pesait terriblement. Elle regrettait l’absence de Max, elle regrettait d’être seule. Que pouvait donc signifier ce : « je t’aurai » ? Et pourquoi le 8 mai ? Marion plongea dans ses souvenirs avec intensité, les yeux rivés sur la moquette. Le 8 mai... Qu’avait-il bien pu se passer, dans sa vie, un 8 mai ? Elle fit toute la nuit d’immenses efforts pour se souvenir mais, au petit matin, elle ne comprenait toujours pas. Prévenir la police ? Mais pour lui dire quoi ? On se moquerait d’elle.

Tout le monde remarqua au bureau sa mine épuisée et sa nervosité. Marion était tentée de parler de ce qui lui arrivait mais se retint. Après l’histoire ridicule qui avait eu lieu ici deux ans auparavant, elle n’avait plus confiance en personne. On allait encore la prendre pour une folle, et cela ne ferait qu’aggraver sa détresse... « L’histoire ridicule... » Marion s’en souvenait parfaitement... Une mauvaise langue avait fait courir le bruit qu’elle était la maîtresse d’un des directeurs, ce qui était faux, bien sûr, mais beaucoup de ses collègues toujours à l’affût d’histoires graveleuses l’avaient cru. La femme du directeur aussi. Rien n’y avait fait, elle avait demandé et obtenu le divorce ; et le directeur avait disparu... On n’avait jamais su qui avait lancé cette abominable rumeur dont Marion et le directeur avaient été les victimes...

Que restait-il aujourd’hui de cette triste affaire ? Marion n’en savait rien mais elle ne se faisait pas d’illusion, même si personne ne lui en parlait. Sa réputation était faite. Cela pourtant avait eu lieu en novembre, et pas en mai... Alors ? Existait-il un rapport ? En tout cas, ce n’était certainement pas au bureau que Marion pouvait parler de ces lettres.. Elle rentra chez elle de nouveau épuisée, tant physiquement que moralement. Elle se persuadait peu à peu qu’il lui faudrait attendre trois semaines pour avoir le fin mot de cette énigme. Trois semaines d’angoisse, de peur ; et de solitude...

Il n’y eut aucune lettre la semaine suivante, mais Marion n’oublia pas, au contraire. Elle tentait de comprendre, fouillait sans cesse dans ses souvenirs, sans aucun résultat. Dans sa solitude, elle devint de plus en plus fataliste, acceptant d’avance un destin qu’elle ne connaissait pas mais dont elle avait peur. Le soir, en rentrant chez elle, elle n’allumait plus les lumières et regardait, sans même dîner, la télévision jusque tard dans la nuit. Elle se sentait complètement incapable de parler. Personne ne la croirait, on lui répondrait de se calmer, qu’il s’agissait d’un mauvais plaisant, qu’il n’y avait rien à craindre... Elle passerait pour une déséquilibrée et ne voulait de cela à aucun prix, elle avait déjà beaucoup souffert.

Le 2 mai, elle reçut une nouvelle lettre. Le texte n’était plus tout à fait le même, il disait : « Le 8 mai approche, et le 8 mai, je t’aurai ! » La lettre à la main, Marion failli s’évanouir. Son visage d’habitude lisse s’était en quelques semaines transformé. Des rides parsemaient à présent son visage, ses yeux cernés scrutaient avec angoisse tout ce qui l’entourait. Elle se trouvait parfois idiote, mais que faire ? Sa santé périclitait, son esprit vacillait. Elle s’enferma chez elle.

Marion tomba malade. Elle n’appela pas son médecin, Jean Aulmair, pour une raison qu’elle ignorait elle-même. Et puis « Je ne veux pas qu’il me voit dans cet état là ! » Est-ce parce qu’elle avait eu une aventure avec lui, dans le propre cabinet du médecin ? Elle s’était toujours convaincue qu’elle avait été consentante mais un doute persistait tout de même. Ses nerfs craquèrent tout à fait lorsque, le 5 mai, elle reçut une nouvelle lettre : « Plus que trois jours : le 8 mai, je t’aurai ! » Toujours pareil ! Toujours le même refrain ! Marion se répétait inlassablement ce « 8 mai, je t’aurai ! » et cette phrase maudite s’insinuait dans son esprit à tout moment. Elle demeura couchée toute la journée sans pouvoir faire un geste. Elle se sentait si seule ! Elle était si épuisée qu’elle s’endormait parfois quelques minutes mais à chaque fois un cauchemar la réveillait en sursaut. Elle se dressait en sueur sur son lit et regardait autour d’elle d’un air terrorisé. Son regard croisait alors les lettres qui étaient posées sur sa table de chevet et elle avait envie de crier « Au secours ! » mais aucun son ne sortait de sa bouche crispée par la peur.

Le soir du 7 mai, le téléphone sonna. Marion sortait à peine d’un de ces horribles cauchemars. Elle fixa l’appareil folle d’angoisse. Les sonneries se prolongèrent ainsi un temps qui lui parut atrocement long ; jusqu’à ce que le silence retombe brutalement. Marion fondit alors en larmes, serra très fort son oreiller contre elle, et s’endormit soudain d’un sommeil de plomb et sans rêve…

Lorsqu’elle ouvrit un œil le lendemain matin, elle ne se souvint d’abord de rien. Puis, à la vue des lettres, toute l’horreur de sa situation lui revint en mémoire. Et nous étions le 8 mai ! Cette date qui avait pris dans sa vie un sens fatidique ! Marion se sentit épuisée, vidée, au bord du malaise. Dans un dernier sursaut, car la vie est la plus forte, elle se dit qu’elle ne pouvait pas se laisser aller ainsi, que le temps pressait… Elle se leva alors péniblement, et approcha d’elle le téléphone. Le numéro du médecin était à sa place habituelle, avec les numéros autres d’urgence.

Elle hésita un instant, les mains tremblantes… Y avait-il une autre solution ? Non, elle devait bien placer sa confiance en quelqu’un ; cet homme la protégerait… Elle appela…

Le médecin sonna à la porte une demi-heure plus tard. Marion fit un effort surhumain pour aller lui ouvrir et elle tomba presque dans ses bras. Le médecin alors la porta sur son lit et elle ouvrit les yeux. Il lui souriait. Marion se sentit sauvée.

« Alors, dit-il, le 8 mai, je t’aurai ! »

Marion poussa un faible cri et s’évanouit.

Quelle est la solution ?

1- Le médecin vient de lire par hasard le contenu d’une des lettres.

2- Le médecin est l’auteur de ces lettres et en veut à Marion.

3- Le médecin et Marion se connaissent bien, et il a voulu lui faire une farce pour la journée de la femme.

Tag(s) : #Nouvelles

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