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LE MUSÉE NU, vue d'eux.

Nous irons au musée. C’est un grand bâtiment de vieilles pierres. Et quelle curieuse exposition allons-nous voir ! Tu ne devines pas ? Non ? Pas encore ? Alors je poursuis. Pour entrer dans le musée, il faut gravir une trentaine de marches. Le vent s’engouffre sous ta jupe ; j’y passe la main, je te prends par la taille. La porte est massive, en bois. Nous l’ouvrons. Seul un guichetier est là. Nous le payons. Et nous entrons. Le musée semble vide. Personne dans les couloirs. Pas un bruit non plus. Nous avons le sentiment étrange de pénétrer dans un autre monde : nous pénétrons dans un autre monde. Ce musée est... particulier. D’ici tu ne peux encore que distinguer. Ce que tu aperçois, accrochés aux murs, dans la pénombre, sont des tableaux. Plus loin, tu dois deviner une statue, oui une statue. Elle te semble confuse, presque inquiétante... Nous hésitons un peu. C’est peut-être notre histoire qui est là, sur ces murs...

Le guichetier a refermé la porte et est retourné sommeiller. Il fait très sombre. Je t’embrasse. Nous nous avançons. La première œuvre qui se montre à nous est curieuse. Elle représente deux cadres, des cadres stylisés et coloriés de bleu et de blanc. Sur la gauche, nous apercevons une main ; sur la droite aussi. Si nous regardons plus attentivement, nous remarquons que ces mains n’appartiennent pas au même personnage, lui-même absent de la composition. Un fil semble unir les deux cadres... Ce fil est d’or.

Une petite tablette supporte, juste en dessous de la composition, une bouteille et deux verres. La bouteille contient du vin. Je remplis les verres. Nous buvons ; et nous embrassons. Il n’y a personne, nous sommes seuls parmi tous ces tableaux.

Le deuxième est plus petit. Ce qui y est peint ressemble à un train, mais ce train-là circule sur un nuage, comme s’il se rapprochait du soleil. Cet artiste possède des inspirations bien étranges ! Quoiqu’il en soit, de la joie, du bonheur, se dégagent de ce tableau. Le troisième te fait légèrement sursauter. Il te représente, c’est toi. Tu es nue, sous une douche, tu parais chantonner, tu sembles heureuse. Comme la couleur de tes cheveux, ton corps est parfaitement bien représenté. Toutes tes formes sont là, juste à leur place, dans toute leur beauté.

Tu poses ta main sur mon bras. Nous sommes bien.

Le quatrième tableau, c’est moi qu’il représente, nu, comme toi. Je suis allongé sur un lit de roses. Une grande solitude est peinte sur les traits de mon visage. Je suis décoiffé. Je semble attendre, sur ce lit de roses. Je suis replié en chien de fusil ; de mon corps on ne voit vraiment que mes fesses. Et cela te fait rire. Nous reprenons du vin. Et nous embrassons. L’œuvre suivante nous représente tous les deux. Nous sommes debout, l’un en face de l’autre, un sourire sur nos lèvres. Tu es habillée somme s’il faisait chaud, légèrement. Je porte un pantalon de toile beige et une chemise grise. Nous sommes figés, sur ce tableau, mais les sourires lui donnent de la vie. Nos regards aussi, qui semblent plongés l’un dans l’autre. Le lieu, lui, est indéfinissable. Cette rencontre pourrait se dérouler partout. Mais nous, nous savons où ce tableau a été peint...

Le suivant, le cinquième donc, nous montre nous embrassant. Tes mains enserrent ma tête ; mes bras parcourent ton dos. Nos lèvres sont collées les unes aux autres. Nous sommes habillés différemment que sur le tableau précédant. Le peintre a bien représenté le sentiment qui nous unit ; nous pouvons sentir ce sentiment.

J’enroule mon bras autour de ta hanche et te serre contre moi. Tes seins contre ma poitrine, mon bassin contre le tien...

Sur le sixième tableau, nous faisons sans aucun doute l’amour. Celui-là est composé de multiples petites peintures, un peu comme un kaléidoscope. Ici, je suis couché sur le ventre, là debout, ailleurs tu es à quatre pattes, ailleurs encore allongée ou assise sur moi. Il doit ainsi y avoir sur cette composition une soixantaine de mini-scènes de ce genre. Elles nous donnent quelques frissons. Nous nous rapprochons l’un de l’autre sans même y penser... L’œuvre qui suit n’est qu’une grosse boule rouge-jaune, éclatante. Nous l’observons longtemps. Nous savons ce qu’elle désigne, nous sentons ce qu’elle représente.

Nous avons chacun un livre à la main : c’est la composition du huitième tableau. Le cadre en est une pièce ancienne chargée de livres aux murs. Nous sommes tous les deux assis en tailleur, nous parlons, sans doute. Au milieu de nous, une bouteille de champagne et deux verres. L’artiste t’a peinte riant ; de ce que je dis probablement... D’autres livres, épars autour de nous, nous font comme un lit.

Tu prends ma main dans la tienne et la serres très fort. N’est-ce pas beau ? Je t’embrasse sur la joue, à l’orée de tes lèvres, et te dis des mots qui te font sourire... Tu devines ? Ta voix vient de partir, pour revenir. Et le neuvième tableau nous parle de nos voix, de ce que nous ressentons, lorsque nous nous entendons. C’est un beau tableau.

Je dégage ta nuque, et y pose un baiser.

La statue. Elle, est environnée de lumière. N’est ce pas nous qui faisons l’amour ? Ta jambe est légèrement remontée ; l’intérieur de ta cuisse frôle la mienne. Nos lèvres sont posées l’une contre l’autre, en un baiser. Nous sommes nus.

Mais laissons la statue. Nous sommes absent du tableau qui suit, c’est le dixième, déjà. Lui, il semble représenter l’intérieur d’un livre. De quel livre s’agit-il donc ? On ne peut le savoir, les lignes tracées sont minuscules. Ce livre, pourtant, raconte une histoire, et nous savons quelle histoire il raconte. Ce livre dans le tableau raconte les tableaux, et la statue. Je prend ta main, la mène à mes lèvres. Ce livre est à nous. Un livre secret. Un beau livre qui aurait pu ne jamais exister. Mais qui existe ; grâce à nous.

Du champagne est là ; nous nous servons. Le silence dans le musée est toujours total, c’est étrange. Faut-il croire que ce musée n’existe que pour nous ?

Tag(s) : #Nouvelles

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