Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LA DAME A L'HERMINE (roman extrait) - ROLLAND DE MONTMORT

Lorsque Roland de Montmort arriva au château de la Hardouinaie au soir du 27 avril 1450 il était trop tard. La dépouille de monseigneur Gilles de Bretagne était déjà partie pour l’abbaye de Bocquen encadrée, lui dit-on, par les moines et un peuple nombreux et ému.

Il se contenta d’un « Hum… » d’assez mauvais augure et traversa d’un pas rapide la cour du château.

Le château de la Hardouinaye était un triste château, une lugubre construction de pierres. Une place forte sortie des marais qui portait sur elle la trace des ténèbres d’où elle venait. Tout y suintait l’enfermement et l’abandon. Ce soir triste, pluvieux, lugubre n’arrangeait rien : le château de la Hardouinaye était sinistre.

Devant lui, dans la salle basse du château de la Hardouinaie, se tenait Olivier de Méel, sire du Lou du lac, capitaine de la place et geôlier de Gilles de Bretagne. Il était silencieusement voûté, visage baissé. Le chevalier de Méel était aussi muet que ridicule dans son armure. Il était planté là sans oser ouvrir la bouche, comme un simple petit domestique pris en faute. Méel ! un chevalier, un capitaine largement reconnu dans le duché pour sa bravoure et sa fidélité ! Olivier de Méel se tenait devant Roland de Montmort comme un valet !

A ses côtés Tristan du Perrier, seigneur du Plessis-Balisson, droit, le regard net, arrogant, dissimulé par un large chapeau fourré de martre. Le seigneur du Plessis-Balisson était un homme vorace, ambitieux et sans scrupules. Corruption, chantage, trafics et contrebande, sans parler de mœurs qui sentaient le souffre. N’avait-il pas déjà été mêlé à la sulfureuse affaire qui avait envoyé Gilles de Rais au bûcher dix ans auparavant ? Il avait su se ménager de puissants appuis : il s’était marié avec une sœur de Jean de Montauban, le maréchal de Bretagne, auquel il est tout dévoué. Tristan du Perrier avait tout pour détester Montmort. Il le détestait, au fond, parce qu’il le craignait. Il avait raison.

Que signifiait sa présence au château de la Hardouinaye où il n’avait rien à faire ?

Roland de Montmort arpentait la pièce d’un pas nerveux et bruyant qui résonnait sur les dalles. Deux de ses hommes d’armes encadraient la porte du fond, comme si Montmort accusait déjà, sans le dire, les geôliers de la mort du prince. Gilles de Bretagne, même prisonnier, n’avait aucune raison de mourir et il était pourtant mort. Pourquoi ? Comment ? Par quelles négligences ? Par le fait de quel complot ? Roland de Montmort sentait déjà d’instinct que la vérité sortirait péniblement des brumes de la Hardouinaie, si elle en sortait un jour.

Tag(s) : #La Dame à l'hermine

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :